Son combat
ⵜⴰⵍⴰⵍⵉⵜ-ⵉⵙ
Lounès Matoub disait que sa seule arme était ses chansons. Il disait tout haut ce que le peuple pensait tout bas. Ses textes sont d'ailleurs clairement revendicatifs, et la défense de la langue et de la culture berbère y tient une place prépondérante.
Pour la langue et la culture amazighe
Il militait pour la reconnaissance de Tamazight comme langue nationale et officielle de l'Algérie et pour que celle-ci soit utilisée dans tous les domaines : école, administration, sciences, médias...
Contre le pouvoir et l'intégrisme
Matoub était opposé à une hydre à deux têtes : le pouvoir et l'intégrisme islamiste qu'il a engendré. Ainsi, il chantait contre le régime, caractérisé par la corruption et la criminalité. Dans ses chansons, il n'hésitait pas à s'attaquer de front aux présidents algériens (Chadli, Boumediène, Ben Bella), aux ministres du gouvernement, à la sécurité militaire et même à l'opposition se disant démocrate (FFS, RCD).
Il s'oppose à la politique d'arabo-islamisation menée par ce pouvoir depuis l'indépendance. Face à la loi d'arabisation du 5 juillet 1998, il déclare :
« À partir du 5 juillet, je serai la seule opposition en Algérie. Je serai le seul opposant. Cette fois, soit ils me jetteront en prison, soit ils me tueront. »
Matoub critiquait également l'école algérienne, falsificatrice d'histoire, qui n'avait pour seul but selon lui que d'« arabêtiser » le peuple.
Pour la démocratie et la laïcité
Il militait pour l'instauration d'une véritable démocratie et était un fervent partisan de la laïcité. Il dénoncait la place faite aux femmes dans la société, leurs droits étant bafoués par un code de la famille incluant des éléments de la charia.
Opposé à l'islamisme et au terrorisme islamiste, il condamna l'assassinat d'intellectuels. Il composa en juin 1993, quelques semaines après le meurtre de Tahar Djaout, la chanson « Kenza », du prénom de la fille de la victime, en guise d'hommage.
Allah Wakber : une chanson emblématique
Dans sa chanson « Allah Wakber », il dénonce la fatalité qui fait accepter tout et n'importe quoi aux musulmans, l'aliénation issue de cette religion qui pousse les gens à ne rien entreprendre car tout est écrit. Il désacralise la langue arabe, symbole de l'oppression pour lui, et prône le retour à Tamazight.
La mobilisation pour sa libération (1994)
La mobilisation du peuple kabyle lors de son enlèvement par le GIA en 1994 illustre à quel point Matoub incarnait les aspirations d'un peuple entier. Des centaines de milliers de personnes descendirent dans les rues de Kabylie pour exiger sa libération. Ce mouvement populaire sans précédent força les terroristes à le libérer après quinze jours de captivité.
Un combat payé du prix ultime
Matoub paiera son engagement de sa vie, assassiné le 25 juin 1998. Mais son combat ne mourra pas avec lui. La reconnaissance de Tamazight comme langue nationale en 2002, puis comme langue officielle en 2016 dans la Constitution algérienne, est, en partie, le résultat des décennies de lutte dont il fut l'un des principaux porte-paroles.
« Je suis le porte-parole d'un peuple qui a besoin qu'on parle en son nom. »