Regard sur la poésie de Matoub Lounès
Il y a quelques années, la critique saluait le renouvellement qui s'est produit en poésie kabyle. Cette dernière, pour reprendre la thèse de M. Mammeri, est entrée dans une phase de stagnation liée à la rigidité des structures socio-économiques. Le renouvellement est, lui aussi, lié à l'évolution de ses structures et surtout aux grands bouleversements qu'a connu la société kabyle dans cette dernière moitié du XXème siècle.
La poésie de Lounès Matoub, tout comme celle de Ben Mohamed et Aït Menguellet, représente un bel exemple de ce renouvellement tant sur le plan thématique que stylistique.
Chronique du présent
L'une des caractéristiques de la poésie de Matoub est d'être inscrite dans le temps. Le poète est devenu un chroniqueur de son temps. Matoub situe les événements dans le temps et dans l'espace. On peut relire l'histoire de l'Algérie depuis la guerre de l'indépendance rien qu'en décortiquant la poésie de Matoub.
Les événements politiques comme la situation économique sont décrits avec précision : le Printemps Berbère (1980), les accords de Londres (1985), les événements d'octobre 1988, l'assassinat de Boudiaf (1991), le terrorisme islamiste (1992-1997)… sont autant d'exemples figurants dans l'œuvre de Matoub.
Réécriture de l'Histoire
L'Histoire des Berbères, des Algériens, des Kabyles est écrite par d'autres, dont les pouvoirs en place qui ne servent pas les intérêts des Berbères. Elle est donc travestie. Matoub s'est fixé comme but de la dépouiller des habits qui ne sont pas les siens, de la réécrire.
Ainsi, il ne se gênera pas pour dénoncer l'assassinat de Abane Ramdane au Maroc en 1957. Il dénoncera aussi l'assassinat de Krim Belkacem à Francfort en 1970. Il contera comment Ben Bella a utilisé l'armée pour écraser la révolte kabyle de 1963.
La revendication berbère
Un des thèmes les plus récurrents dans la poésie de Matoub demeure la défense de la langue et de la culture berbères. En partant du constat de l'éternelle blessure de cette langue dans Ay adrar n At Yiraten (1981), Matoub espère qu'elle bénéficiera d'une reconnaissance officielle dans Asirem (1989).
Cette défense de la langue maternelle s'accompagne de la dénonciation de la politique d'arabisation, des agents de celle-ci, et de la démystification du caractère sacré de l'arabe dans Allah wakbeṛ (1993).